Déguerpissements à Lomé, oui mais un peu d’humanisme

À l’approche des fêtes de fin d’année, les commerçants et entrepreneurs togolais, déjà éprouvés par le manque de moyens et les coupures d’électricité, voient leurs étals délogés par l’opération de libération des voies publiques. Si l’objectif d’une capitale plus belle fait consensus, le moment et la méthode font débat au sein de l’opinion togolaise.
Il faut reconnaître que les Togolais font face à de multiples difficultés, notamment le manque de moyens financiers, la baisse du pouvoir d’achat et les coupures d’électricité persistantes. À cela s’ajoute l’opération de déguerpissement lancée par le District autonome du Grand Lomé et menée par les différentes mairies.
Tous s’accordent à dire que Lomé mérite d’être une très belle capitale, et que la libération des voies publiques est nécessaire pour améliorer la circulation et la visibilité. Pourtant, cette opération ne fait pas d’heureux.
Une question simple que se pose la rédaction de Togomedia24 et qui revient dans toutes les conversations est de savoir pourquoi avoir choisi cette période ?
Car c’est précisément à l’approche des fêtes que de nombreux entrepreneurs, du secteur formel comme informel, contractent des prêts auprès des banques et des institutions de microfinance pour renforcer leur activité et profiter de la hausse de la demande. C’est donc à ce moment-là que des commerçants endettés se retrouvent délogés, parfois sans suffisamment préavis, avec leur matériel et leurs marchandises.
Sur le terrain, l’opération prend par moments les allures d’un ‘pugilat’ entre les occupants et les agents des mairies appuyés par les forces de l’ordre.
« Nous sommes d’accord par cette opération. Mais où allons-nous caser nos marchandises et matériels ? Cette action ne devrait normalement pas amener les agents des mairies à ramasser leurs effets. C’est regrettable, ce que nous vivons. » indique un entrepreneur rencontré au aux bord de la Fucuc d’Atikoumé.
Face à ces critiques, le District autonome du Grand Lomé assume pleinement l’opération. Lors d’une rencontre avec la presse, mercredi 4 novembre, sa gouverneure, Zouréhatou Kassah-Traoré, a assuré que l’initiative ne visait pas à « faire plaisir à une quelconque autorité », mais à permettre à la capitale de redevenir « accueillante, propre et sûre ».
Nul ne peut tenir tête à l’État, mais il lui appartient aussi d’agir avec humanisme et dans le respect scrupuleux des droits humains. Une opération d’assainissement ne doit pas se transformer en drame social.
L’autre question essentielle qui s’invite également dans les débats est quelle solution concrète a été proposée à ces commerçants délogés, qui ne savent plus à quel saint se vouer ?
Dans les pays plus avancés, les pouvoirs publics anticipent ce type d’opération en aménageant en amont des espaces commerciaux adaptés. À Lomé, l’État devrait construire de grands centres commerciaux dans au moins cinq communes de la capitale, afin d’y regrouper les commerçants dits « errants ».
Le grand marché de Lomé est aujourd’hui quasiment saturé. Un nouveau centre commercial dans la périphérie, à Agoè, Adétikopé ou Baguida par exemple, permettrait de désengorger la ville, de réduire les embouteillages, de faire gagner du temps aux populations et de diminuer leurs dépenses.
La construction de ces nouveaux centres commerciaux n’est plus une option, c’est une nécessité et une urgence.



