Afrique de l'Ouest

Éditorial / Guinée : Ibrahima Sory II Tounkara face à une mission de nerfs

L’actualité ouest-africaine est marquée, en ce début de semaine, par la formation en Guinée du gouvernement le 2 février 2026 sous la présidence du général Mamadi Doumbouya. Un nom a particulièrement retenu l’attention de l’opinion : Ibrahima Sory II Tounkara a été nommé ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux.

Imperturbable, rigoureux et affichant une impartialité sans précédent, ce magistrat, né en 1977 à Conakry, s’est fait connaître du grand public en présidant, avec une impressionnante maîtrise, le procès du massacre du 28 septembre 2009. Durant deux ans, l’homme a dirigé les débats avec calme malgré la présence de grands noms, en majorité d’anciens officiers, dans un contexte particulièrement sensible à Conakry.

Ses compétences ont été largement appréciées à travers l’Afrique et dans le monde entier.

Nous qui avons suivi ce procès historique de bout en bout gardons de lui l’image d’un homme intègre et d’un exemple pour les générations futures. Sa nomination dans le gouvernement dirigé par Amadou Oury Bah, qui a comparu lors du procès en qualité de témoin, apparaît donc comme une promotion logique et méritée. Il est ainsi normal de saluer sans hésiter le choix d’un homme qui connaît le système judiciaire de l’intérieur.

Beaucoup espèrent qu’il apportera enfin un vent de professionnalisme et d’intégrité à un ministère souvent critiqué.

Mais au-delà des félicitations et des réjouissances, il ne faudrait pas perdre de vue la réalité guinéenne. Le sol du département qu’il occupe est très glissant et risque de l’engloutir à jamais.

La justice guinéenne traîne de profonds maux ; on pourrait presque dire qu’elle traîne toute une batterie de casseroles. Lenteurs judiciaires au premier degré, corruption dans certains rouages, prisons surpeuplées, manque criant de moyens matériels et humains, violations des droits humains… la liste paraît cependant longue.

Une question essentielle se pose au milieu de tous ces constats. Quelle marge de manœuvre réelle dispose Ibrahima Sory II Tounkara ?

En Guinée, le ministère de la Justice a habituellement été perçu comme un département où les décisions importantes passent par le filtre des hautes autorités politiques et militaires. Pour que le nouveau ministre puisse vraiment imprimer sa marque, il lui faudra une indépendance claire et un soutien sans faille au plus haut niveau de l’État. Sans cela, même le meilleur des ministres risque de se heurter à des murs invisibles.

Bien que l’actuel président ait troqué la tenue militaire pour soigner son image civile, les militaires ayant perpétré le coup d’État contre Alpha Condé demeurent toujours très influents dans l’administration.

Il faudra donc non seulement du courage au ministre, mais également une patience telle qu’il l’a démontrée lors du procès, pour jouer pleinement sa partition.

Les autorités guinéennes devraient libérer le plancher pour le nouveau ministre pour réussir sa mission.

Aubin Koutele

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